« Tout est relatif » disait l’autre !

Il existe un monde, celui dans lequel nous vivons tous et toutes.
Et comme nous vivons tous dedans, nous avons tendance à penser que ce monde est exactement le même pour chaque être humain. Comme nous n’avons que notre cerveau comme référence, nous pensons que les milliards de personnes qui vivent peuvent penser comme nous. Nous pensons qu’il existe une Vérité, et cette Vérité est bien sûre la nôtre.

Alors quand on découvre des choses à propos, par exemple, des sciences sociales (ou plutôt à propos de la vulgarisation que le cyber-militantisme en fait), on ressent une colère née de l’injustice, et cette colère nous pousse à hurler et nous battre contre vents et marrées. Parce que nous avons la Vérité. Et qu’elle est valable pour tous.
Y comprit pour Hua, 15 ans, qui habite une province paumée du Sichuan. Hua est sensée avoir la même révélation de la même Vérité que Li, 24 ans, qui habite en banlieue parisienne, parce que cette Vérité a une majuscule : elle est absolue. Elle n’a ni frontières ni nuances. Hua est sensée être d’accord avec Li à propos de moult questions sociales.
Parce que cette grille de lecture créée dans un endroit particulier du globe – avec sa propre histoire de pensée – pour les personnes qui y vivent, est sensée être à peu près universelle, au moins dans les grandes lignes. Pas toujours, pas pour tous.tes les militant.es, mais c’est une tendance tout même visible.
Et si quelqu’un n’est pas d’accord avec Li, c’est que cette personne à tort. Ou que cette personne est l’ennemi. Ou que cette personne n’est pas assez avancée dans la Lutte. Parce que la pensée occidentale est forcément la meilleure – c’est un réflexe tenace.

Ou alors…

Ou alors sept milliard et demi d’humains ne peuvent pas avoir le même regard sur un système, une théorie, une situation, ou un vécu. Parce que sept milliard et demi d’humains ne peuvent pas avoir la même vision du monde.

Malgré la présence trop souvent étouffante de l’égo, j’essaie de ne pas militer pour que les gens pensent comme moi. Quand je cherche à convaincre des gens, c’est soit parce que ces personnes font activement et sciemment des choses qui font du mal à d’autres individus, soit parce qu’il s’agit de faits observables. Mais le domaine des théories et des ressentis, c’est bien autre chose…

Je me suis toujours sentie à l’écart. Pas dans ma vie et dans mes relations en particulier, mais dans ma compréhension du monde. Peu de personnes sont aussi coincées entre deux chaises. De par mon éducation et surtout mon vécu de TCK (= Third Culture Kid, enfant d’expatriés ayant passé une part importante dans des pays de culture différente de ceux de ses parents), il y a beaucoup de concepts essentiels aux yeux de mes concitoyens qui me sont incompréhensibles, et le relativisme est naturellement la manière dont mon cerveau s’est construit.

Ma vision du monde – qui n’est ni moins bonne, ni meilleure qu’une autre, je ne peux le savoir – est celle-ci :
Il existe autant de mondes qu’il existe de cerveaux pour les imaginer.
Chacun vit dans un monde différent du vôtre. La différence est parfois subtile, parfois gigantesque. Ce qui est vrai, absolu, nécessaire pour vous, ne le sera jamais pour un autre. Se battre contre ça, c’est se battre contre le vent.

Mais ce qu’on peut faire, c’est se battre pour que chaque personne respecte le monde des autres. Et pour de vrai, pas seulement quand ça nous arrange :

Par exemple, je pourrais tout à fait être amie avec une personne qui est contre l’IVG. A condition qu’elle respecte mon droit à y recourir, puisqu’il existe des données biologiques observables* qui permettent de savoir qu’un fœtus ne peut avoir conscience de la moindre douleur ou de sa propre existence avant la 24ème semaine. Ainsi, cette personne ne peut percuter mon monde sans faits objectifs. Néanmoins, je respecterais son point de vue : si elle n’a pas envie de penser autrement et qu’elle ne me fait aucun mal, c’est son droit et je ne la tourmenterais pas.
De la même manière, je suis une personne religieuse, et il y a surement certains de mes points de vues qui sont influencés par ce fait. Peut-être que certaines pensées ou pratiques me choquent pour cette raison, mais ma religion n’est pas un fait observable : moi non plus, je ne peux pas percuter un monde juste à cause de ma foi.

C’est ainsi que je vois la paix entre les individus : beaucoup de choses sont relatives, et personne ne peut rallier le monde entier à ses idées, aussi brillantes soient-elles, mais on peut travailler à ne pas imposer notre monde aux autres si ce n’est pas nécessaire (= si un monde en fait souffrir activement – c’est à dire de façon physique – un autre, c’est autre chose).

Je pense que vivre de cette manière permet un certain relâchement mental. Personnellement, je préfère me tenir éloignée du militantisme actif, surtout parce qu’il y règne cette frustration immense de ne pas pouvoir convaincre tout le monde. Et je ne suis pas capable de gérer cette souffrance mentale.
Je préfère amener les gens dans cette perception relativiste : tu penses certaines choses, mais si ces pensées sont subjectives ne les impose pas aux autres, n’en fait pas une Vérité, et laisse les autres êtres en paix tant qu’ils ne font de mal à personne, même s’ils ne sont pas d’accord avec toi, même si ça te blesse qu’ils ne soient pas d’accord.

Et bien sûr : si tu échoue, ne te flagelle pas. Personne n’est parfait 🙂

bubble-person

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2 réflexions sur “« Tout est relatif » disait l’autre !

  1. Je m’intéresse depuis quelque temps au bouddhisme, et dans ses principes on retrouve le fait que tout est illusions pour l’être humain. Nos pensées, notre éducation brouille notre vision du monde. Et comme celles-ci sont différentes pour chacun, il n’existe alors pas UN monde et UNE vérité, mais DES mondes et Des vérités.
    Pour être parfaitement heureux (et libre) il faudrait réussir à se détacher de notre moi, de notre égo et donc de notre façon biaisée de voir le monde (pas facile, facile ^^).
    J’ai beaucoup aimé ton texte, et je suis d’accord avec toi. Par contre, il me faut énormément d’auto-discipline pour ne pas vouloir inconsciemment imposer ma vision de ce qui est bien et mal aux autres. Mais j’y travaille :).

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    1. Oui, c’est difficile et ça demande beaucoup d’efforts ! L’important c’est d’en être conscient-es et de faire au mieux je pense ^^
      Merci beaucoup pour ton commentaire !

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